Hugues St. Fort: D'où Viennent les Langues Créoles? (I)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 4, No. 32, August 7 - 13, 2002, p. 2. |
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D'où Viennent les Langues Créoles?
(première partie) |
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Hugues St. Fort |
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À la différence de certaines autres langues (l'allemand, l'anglais, le français...) dont l'histoire remonte à plusiers siècles, les langues créoles sont relativement récentes (environ trois siècles) -- mais cela n'enlève absolument rien à leur parfaite égalité avec ces langues. Leur reconstitution est donc d'une importance capitale pour les spécialistes du langage et des langues car elle permettrait de jeter un peu de lumière sur les modes de formation des langues en général et de mieux comprendre ainsi ce qu'est la faculté humaine de langage. Pourtant, malgré leur création relativement récente, la question de la genèse des langues créoles est l'une des questions le plus controversées de l'histoire de la créolistique. D'où viennent les langues créoles? Comment se sont-elles constituées? Que disent les linguistes spécialisés dans l'étude de ces langues sur la formation des langues créoles?
Les linguistes créolistes ont beaucoup réfléchi sur la genèse des langues créoles. En fait, s'il existe une constante dans l'histoire de la créolistique, c'est la préoccupation chez nombre de linguistes à réfléchir sur les origines des langues créoles. Il est possible d'identifier clairement au moins trois grandes approches -- à plusieurs variantes -- utilisées par les linguistes créolistes dans leur recherche sur la genèse des langues créoles. Dans le jargon créolistique, on désigne ces trois approches comme: 1. L'approche des langues-substrats; 2. L'approche socio-historique / sociolinguistique; 3. L'approche universaliste.
1. L'approche des langues-substrats. Les linguistes parlent de langues-substrat pour désigner une langue parlée à l'origine par une population et dont certaines formes et structures ont survécu pour influencer l'acquisition de toute nouvelle langue parlée plus tard. L'un des tout premiers substratistes de l'histoire de la créolistique est la linguiste haïtienne Suzanne Sylvain qui, dans sa thèse de doctorat en Sorbonne en 1936, a soutenu que le créole haïtien était "une langue éwé à vocabulaire français". La première linguiste haïtienne voulait dire par là que les structures syntaxiques de la langue éwé (l'éwé appelé aussi le Gbé est une langue de la famille New Kwa parlée en Afrique de l'Ouest, au Ghana, Togo, Bénin et Nigéria) se retrouvent dans le créole haïtien malgré la base lexicale française de notre créole. Il y a eu récemment des réticences de la part de certains chercheurs contemporains à classer Suzanne Sylvain uniquement comme une substratiste, cependent il existe bel et bien une école substratiste particulièrement productive dans le petit monde des linguistes créolistes contemporains. Parmi les linguistes le plus à la pointe de la recherche créolistique dans une perspective substratiste, il faudrait mentionner John Lumsden et la canadienne Claire Lefebvre.
Pour Lumsden et Lefebvre, les structures syntaxiques et sémantiques des langues créoles refléteraient celles des langues-substrats africaines, bien que les contours phonologiques des lexiques créoles proviennent directement d'une langue lexificatrice européenne (anglais, espagnol, français...). Claire Lefebvre a publié récemment chez Cambridge University Press un gros volume intitulé: "Creole genesis and the acquisition of grammar: The case of Haitian Creole" pour illustrer sa théorie de la genèse créole. Pour Lefebvre, la première étape de la genèse créole commence par le processus mental de la relexification. Dans le cas de la formation du créole haïtien, les locuteurs natifs des diverses langues-substrats africaines privés d'une lingua franca et exposés au français non-standard des colonisateurs français relexifieraient les unités lexicales de leurs diverse langues maternelles sur la base des mots français entendus dans la bouche de leurs maîtres. Ils auraient ainsi acquis le vocabulaire commun qui leur manquait. À partir de ce moment-là, précise Lefebvre, les premiers locuteurs créoles haïtiens prennent pour langue-cible non plus la langue-superstrat des colonisateurs français mais la langue commune qu'ils viennent de créer par le processus de la relexification.
Pour Lefebvre, ce serait les structures de la langue Fongbe qui seraient relexifiées par des lexèmes du français parlé au 17ème siècle. Le processus de la créolisation se met alors en marche par toute une série de processus évolutifs majeurs décrits en détail par Lefebvre, en particulier le processus de la "réanalyse" et le nivellement des dialectes, mais que je ne pourrai pas développer en détail ici parce qu'ils prendraient beaucoup trop d'espace. Les thèses substratistes de Lefebvre sont traitées dans le cadre de la Grammaire Générative chomskyenne et peuvent paraitre d'accès difficile pour le lecteur qui n'est pas initié à ce courant de la linguistique contemporaine, cependant elles son fascinantes et dignes d'être prises en compte.
Signalons que cette explication substratiste avancée par Lefebvre concerne surtout un créole à base lexicale française (le créole haïtien) mais qu'il existe aussi d'autres explications substratistes ayant trait aux créoles à base lexicale anglaise. Certains linguistes ont expliqué la formation de quelques créoles à base lexicale anglaise de la zone atlantique par une interaction entre les items lexicaux provenant de langues-substrats africaines et un pidgin anglais qui se serait formé au 17ème siècle le long de la côte de l'Afrique de l'Ouest. |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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