Hugues St. Fort: Pourquoi Devons-Nous Etudier les Créoles et le Créole Haïtien? (I)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 4, No. 27, July 3 - 9, 2002, p. 2. |
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Pourquoi Devons-Nous Etudier les Créoles et le Créole Haïtien?
(première partie) |
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Hugues St. Fort |
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La marque de pluralité attachée au nom "créoles" dans le titre de mon article nous rappelle que le créole haïtien (CH) n'est pas la seule langue créole parlée de ce côté-ci de l'Atlantique et dans le monde en général. Pour beaucoup de mes compatriotes en effet, l'appellation "créole" se référerait seulement à la langue maternelle des Haïtiens. Selon ces personnes, seuls les Haïtiens parleraient créole, puisque la dénomination même de la principale langue en usage en Haïti est le "kreyòl". Les raisons de cette interprétation erronée sont nombreuses. Elles tiennent surtout aux faiblesses de l'éducation linguistique en Haïti et à l'étranger, au repliement sur soi qui a longtemps caractérisé les différentes communautés haïtiennes, et à une générale incompréhension du phénomène créole chez la plupart de mes compatriotes.
Avec cet article, je compte inaugurer une série qui, je l'espère, durera tout l'été et au cours de laquelle j'explorerai deux thèmes fondamentaux: 1. Pourquoi nous devons étudier les créoles et le créole haïtien; 2. Qui doit étudier les créoles et le créole haïtien? La première question me permettra d'examiner quelques sujets de première importance qui constituent la base des connaissances les plus élémentaires sur les langues créoles et sur le créole haïtien: Ces sujets sont: Qu'est-ce qu'une langue créole? D'où viennent les langues créoles? Où parle-t-on les langues créoles? Comment écrire les langues créoles? Quelle est la vie du créole haïtien à New York? Le créole haïtien peut-il mourir?
Le deuxième thème fondamental que je traiterai au cours de l'été tâchera de répondre à la question suivante: Qui doit étudier les langues créoles et le créole haïtien?
L'introduction de cette série au cours de l'été tient à des raisons pratiques: d'abord, elle coïncide avec la fin de l'événement qui m'a mobilisé durant tout le mois de juin (la Coupe du monde de foot), ensuite, elle intervient durant une période où les lecteurs de "Haitian Times" et de ma chronique pourraient disposer de quelque répit qui leur permettrait de réfléchir sur le contenu de ma série et, éventuellement, de communiquer avec moi. Au passage, je tiens à remercier tous ceux qui m'ont envoyé des courriels d'encouragement et d'appréciation de mes articles.
Au cours des dernières trente-cinq années, les langues créoles ont pris une importance considérable non seulement pour ceux qui ont pour vocation de les étudier, mais encore pour le grand public en général. Je commencerai par définir de la manière la plus élémentaire ce que j'entends par langues créoles. Le terme "langues créoles" se réfère à un groupe de langues parlées principalement dans les îles des Caraïbes, mais aussi dans quelques îles de l'Océan Indien. Ces deux groupes d'îles éloignées de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres partagent cependant une similarité de facteurs historiques: la colonisation européenne (anglaise, française, espagnole, hollandaise) et l'esclavage. Je reviendrai plus tard sur cette définition mais je voudrais préciser une chose: traditionnellement, l'étude des langues créoles a été assurée par les linguistes, même si beaucoup de non-linguistes s'y sont essayés. Je préciserai donc ce qu'est un linguiste avant d'aller plus loin.
Un linguiste est généralement un universitaire dont la profession est l'étude scientifique du langage et des langues humaines. Son champ d'étude s'étend sur les composantes suivantes de la discipline universitaire connue sous le nom de linguistique: phonétique et phonologie, morphologie et syntaxe, lexicologie et sémantique. Ces trois paires de matières constituent le noyau dur de la linguistique, mais il existe à l'intérieur de la linguistique d'autres disciplines qui travaillent sur les rapports entre la langue et la société (sociolinguistique), ou les conditions d'acquisition du langage (psycholinguistique), ou les éléments qui controlent notre choix du langage dans les interactions sociales (pragmatique)... Un linguiste peut choisir de privilégier l'une de ces composantes pour analyser une langue créole ou n'importe quelle autre langue. De fait, d'une manière générale, l'aspect sociolinguistique semble avoir retenu l'attention de la majorité des linguistes qui travaillent sur les langues créoles. Il est possible que cela soit dû à la nature même des langues créoles, conçues comme langues de contact; mais les phénomènes de morphologie et de syntaxe ont aussi reçu une place tout aussi importante dans les recherches de créolistique.
La créolistique désigne cette discipline universitaire qui se sert de la linguistique pour étudier les langues créoles en général ou une langue créole particulière. Elle fait lentement son chemin dans un certain nombre de départements de linguistique aux Etats-Unis et dans certains pays de l'Union Européenne. Elle a été à la base de dizaines de thèses de doctorat au cours des vingt dernières années; il existe un site web entièrement consacré aux langues créoles et conçu d'un point de vue strictement linguistique: [The CreoLIST Archives] www.ling.su.se/creole et pour couronner le tout, les linguistes créolistes ont à leur disposition deux excellentes revues, l'une publiée en Hollande, écrite en anglais et intitulée Journal of Pidgin & Creole Languages, l'autre publiée en France, écrite en français et intitulée "Etudes créoles". Retenons pour finir deux bulletins toujours bourrés d'information, l'un en anglais The Carrier Pidgin, l'autre en français mais avec un titre créole (antillais): Gazèt Sifon Blé: Lavwa Ka Bay.
[Editor's Note: Two important Creole-related electronic journals have made their inaugural appearance in 2002: Creolica: Revue du Groupe Européen de Recherches en Langues Créoles and Jounal Kreyòl Ayisyen (JKA)] |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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