Hugues St. Fort: En quoi consiste l'identité haïtienne? (première partie)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 5, No. 6, February 5-11, 2003, p. 2. |
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En quoi consiste l'identité haïtienne? (première partie) |
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Hugues St. Fort |
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Tout d'abord, il est évident que cette question ne présente une quelconque pertinence que pour les Haïtiens de l'émigration. Je ne suis pas sûr en effet que les Haïtiens de l'intérieur (dans le sens le plus primitif du terme) -- sauf dans des cas strictement individuels qui pourraient relever d'une certaine pathologie -- aient pu mettre en question, d'une manière fondamentale, leur identité haïtienne. Les Haïtiens de l'émigration par contre, doivent faire face quotidiennement à une réalité totalement différente de celle qui est vécue sur l'île. Par exemple, pour les immigrants haïtiens vivant aux Etats-Unis (New York, Floride, Massachusetts...) la réalité linguistique est différente, la réalité ethnique et raciale est différente, la réalité politique est différente, les pratiques religieuses sont différentes, les structures socio-économiques sont différentes. Face à ce nouvel environnement, les immigrants haïtiens semblent devoir faire face à un choix: ou bien ils prennent le parti de se démarquer des croyances, des systèmes de valeurs, des normes, des symboles, des langues qui ont toujours constitué leurs points de repère au sein du corps social dans lequel ils vivaient pour adopter les références en cours dans la société d'accueil; ou bien ils continuent à conduire leur existence au sein de la nouvelle société d'accueil comme ils le faisaient dans leur société d'origine.
Dans la société américaine fortement marquée par l'importance accordée à l'identité raciale et l'identité ethnique, comment les immigrants haïtiens dont l'immense majorité appartient à la catégorie «noire» se situent-ils par rapport non seulement aux «blancs nord-américains» qui sont dominants symboliquement et numériquement, mais aussi aux autres «noirs», les Africains-Américains, les Caribéens, les Africains?
Dans le premier cas, la question mérite d'être posée car même si Haïti est une nation noire, il y a eu tout au long de l'histoire haïtienne surdéterminée par l'esclavage, le colonialisme et leurs conséquences, des rapports profonds, houleux, destructeurs avec les «blancs» qui ont marqué la conscience nationale et devraient avoir des répercussions sur la façon dont les immigrants haïtiens perçoivent et réagissent avec les «blancs».
Le deuxième cas est en réalité une question ethnique et pas une question raciale. C'est une question fondamentale, à mon sens, dans l'analyse des rapports sociaux entretenus par les immigrants haïtiens dans la société américaine. La société haïtienne a été très peu étudiée sous l'angle de la multiethnicité alors que ce facteur a joué un rôle tout au long de l'histoire d'Haïti. Le fameux et éternel «problème de couleur» haïtien devrait être étudié dans cette perspective. Rappelons que le terme «ethnique» fait référence d'abord aux attributs culturels d'un groupe social alors que le terme «racial» fait référence aux attributs physiques d'un groupe.
Ce qui rend intéressant le cas de la société haïtienne- ainsi d'ailleurs que la majorité des autres sociétés caribéennes- c'est l'étroite imbrication des catégories ethniques et raciales. Les attributs culturels associés à certains groupes sociaux en Haïti et qui devraient constituer leurs caractéristiques ethniques marchent généralement de pair avec les attributs physiques généralement associés à leurs caractéristiques raciales.
Ce cadre général dont je viens d'esquisser les grandes lignes nous permettra d'aborder la question de l'identité haïtienne dans l'émigration nord-américaine avec un regard plus large et qui fait plus de place au passé socio-historique des immigrants haïtiens. On posera d'abord une question de base, importante sur le plan méthodologique: faut-il faire une distinction radicale entre les Haïtiens de la première génération et ceux de la seconde génération? Tout d'abord, il est facile de remarquer (mais il existe aussi des recherches sur le sujet: Zéphir 1996, 2001, Laguerre 1984, 1998) une caractéristique première nettement distinctive des immigrants haïtiens de la première génération: ils font partie de la catégorie classique des immigrants en général dont la nature et l'histoire sont intimement liées à la formation sociale américaine: ce sont de durs travailleurs qui ont accepté les pires humiliations du système racial américain afin de participer à la mobilité sociale et assurer l'éducation de leurs enfants. Ces immigrants haïtiens ont répété ce schéma classique de la société américaine qui a propulsé vers le début du vingtième siècle sur le devant de la scène sociale des millions d'immigrants européens dont les enfants et les petits-enfants se sont complètement intégrés à la société américaine jusqu'à en devenir les piliers. Lentement, ces représentants classiques de la première génération haïtienne se retirent de la scène sociale américaine mais ce sont eux qui ont contribué à forger l'image que la société américaine s'est donnée des immigrants haïtiens. |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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