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Hugues St. Fort: En quoi consiste l'identité haïtienne? (deuxième partie)

Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 5, No. 7, February 12-18, 2003, p. 2.

 

En quoi consiste l'identité haïtienne? (deuxième partie)

 

Hugues St. Fort 

 

Dans la première partie de cet article, parue la semaine dernière, j'ai posé les jalons exploratoires de la question de l'identité haïtienne chez les immigrants haïtiens, première et deuxième génération confondues. La question de savoir s'il fallait faire une distinction à ce sujet entre les immigrants de la première et de la deuxième génération a été posée. J'ai noté que les immigrants de la première génération faisaient partie de la catégorie classique des immigrants en général qui ont partiellement bâti l'histoire de ce pays. Traditionnellement dans l'histoire des Etats-Unis, la deuxième génération, ayant bénéficié de certains avantages matériels légués par leurs parents, en a profité pour «réussir» dans la société américaine et déployer une identité qui avait très peu de références avec celle de leurs parents. Précisons toutefois que ce cas de figure s'appliquait surtout à la deuxième génération des descendants d'immigrants européens (Allemands, Italiens, Irlandais, Scandinaves...). Les immigrants non-européens («West Indians», Haïtiens, Latino-américains, Asiatiques...) qui s'établirent aux Etats-Unis après 1965 -- à partir de cette année-là en effet, les conditions légales attachées à l'immigration aux Etats-Unis devinrent moins rigides -- ne bénéficièrent pas des mêmes réalités que connurent les immigrants européens de la première génération. En particulier, les immigrants de couleur durent faire face à un environnement racial difficile qui gêna sérieusement le processus d'assimilation si important dans la vie des immigrants.

Il est possible que la forte identité haïtienne si présente chez les immigrants haïtiens de la première génération et marquée par l'attachement à la langue créole ou à la langue française dans certains cas, une certaine distanciation par rapport aux Noirs américains, l'intérêt obstiné au pays natal, soit la résultante des difficultés de toute sorte que connurent les immigrants haïtiens de la première génération. Dans un article en deux parties paru dans cette rubrique même au cours des mois de mai et de juin 2002 (cf. Haitian Times,
vol. 4, #21, May 22-28, 2002 et vol. 4, #23, June 5-11, 2002), j'ai présenté la tendance des immigrants haïtiens de la première génération à se représenter comme un groupe ethnique particulier avec une langue propre, le créole haïtien, une religion propre, le vodou, inégalement assumé, une histoire glorieuse dont ils se sentent fiers, et des attitudes et comportements fortement caractéristiques. De ce point de vue, ils se démarqueraient nettement et des autres immigrants noirs de la Caraïbe, regroupés sous le nom de «West Indians» et des Noirs américains, lesquels en retour les percevraient comme «différents».

Voyons maintenant la deuxième génération d'immigrants d'origine haïtienne. Il importe de préciser ce que nous appelons deuxième génération, c'est-à-dire tous ceux qui sont nés et qui ont grandi aux Etats-Unis, de parents immigrants haïtiens. La littérature sociologique nord-américaine a affiné ce concept en introduisant une nouvelle dénomination, la génération 1.5, c'est-à-dire ceux et celles qui sont nés dans le pays d'origine de leurs parents (Haïti, dans le cas qui nous concerne) mais ont immigré aux Etats-Unis à un âge tendre. La célèbre romancière haïtiano-américaine,
Edwige Danticat, constitue une excellente représentante de ce groupe. Dans son magnifique livre «Trends in Ethnic Identification Among Second-Generation Haitian Immigrants in New York City» sur lequel j'ai écrit une recension dans cette rubrique au début du mois dernier, Flore Zéphir, une universitaire d'origine haïtienne qui enseigne à l'Université de Missouri-Columbia, range les immigrants haïtiens de la deuxième génération en cinq (5) catégories:

Une catégorie composée de personnes nées et élevées aux Etats-Unis qu'elle appelle la génération 2.00;

Une catégorie composée de personnes nées en Haïti mais élevées aux Etats-Unis qu'elle appelle la génération 1.5;

Une catégorie composée de personnes nées aux Etats-Unis mais élevées en Haïti qu'elle appelle la génération 1.00;

Une catégorie composée de personnes nées et élevées en Haïti qu'elle appelle aussi la génération 1.00;

Et finalement une catégorie de personnes nées soit en Haïti, soit à l'étranger, mais élevées à l'étranger pas aux Etats-Unis et qu'elle appelle la génération 0.5.

Cette classification peut paraître relativement compliquée mais elle souligne les difficultés qui entourent l'analyse des immigrants de la seconde génération. Autant la mise à jour de l'identité des immigrants haïtiens de la première génération pouvait paraître relativement décelable, autant fixer et déterminer nettement la nature et les identités des immigrants haïtiens de la deuxième génération peut s'avérer une entreprise complexe et ardue. Je ne conseillerai jamais trop de lire le livre du professeur Flore Zéphir précédemment mentionné pour l'intelligence de sa recherche dans les milieux haïtiens et l'interprétation qu'elle en a fait. Les recherches empiriques sur la question des identités chez les immigrants d'origine haïtienne de la seconde génération ne sont pas légion et cela ne fait que renforcer l'importance de l'étude du professeur Zéphir. Comment se perçoivent ces membres de la deuxième génération et comment sont-ils perçus au sein de la société américaine? Quelles sont les influences les plus décisives sur la formation des identités de cette seconde génération: l'ethnicité de leurs parents ou les liens générationnels qui les lient aux Noirs américains?
 

 

Hugues St. Fort
Email:
Hugo274@aol.com

 


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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse