Hugues St. Fort: Où vont les jeunes immigrants haïtiens?
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 5, No. 12, March 19-25, 2003, p. 2. |
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Où vont les jeunes immigrants haïtiens? |
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Hugues St. Fort |
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D'après certains sociologues américains spécialisés dans les problèmes de l'immigration, les processus de l'américanisation de la majorité des jeunes immigrants conduisent progressivement à une perte des valeurs et des comportements de base qui caractérisaient ces jeunes immigrants quand ils étaient venus pour la première fois aux Etats-Unis. Autrement dit, plus ils vivent aux Etats-Unis, plus ils ont tendance à adopter les attitudes et les comportements classiques des adolescents et jeunes adultes américains, au détriment de ceux qui avaient cours dans leurs milieux d'origine. Les principales victimes seraient ceux qui font partie du groupe des "nouveaux immigrants": les ressortissants des pays du "Tiers-Monde" qui ont commencé à immigrer aux Etats-Unis après 1965, c'est-à-dire, des Asiatiques, des Africains, des Latino-américains, des Caribéens, des Haïtiens.
L'explication classique avancée par plusieurs sociologues met en cause l'influence négative (la fameuse "peer pressure") exercée par les jeunes américains sur les jeunes immigrants à l'école, dans leurs quartiers de résidence, à la télévision, et dans la société en général. Il y a peut-être une part de vérité dans ce type d'explication mais il ne faudrait surtout pas en rester là, spécialement dans le cas des jeunes immigrants haïtiens. A ce propos , il me faut signaler l'excellente étude d'une universitaire haïtienne, le Dr. Flore Zéphir, auteur(e) de: Trends in Ethnic Identification Among Second-Generation Haitian Immigrants in New York City (Begin & Garvey, 2001) que je recommande tout particulièrement. Zéphir, qui est Professeur titulaire dans le Département de Langues Romanes à l'Université de Missouri-Columbia, délimite la composition de la seconde génération des immigrants haïtiens à New York qu'elle répartit en cinq groupes: Le premier groupe comprend ceux qui sont nés et élevés aux E.-U. et qu'elle appelle la génération de 2.00; le deuxième groupe est composé de ceux qui sont nés en Haïti mais qui ont été élevés aux E.-U. et qu'elle appelle la génération de 1.5; le troisième groupe est formé de ceux qui sont nés aux E.-U. mais qui ont été élevés en Haïti et que Zéphir appelle la génération de 1.00; le quatrième groupe comprend ceux qui sont nés et élevés en Haiti qu'elle appelle aussi la génération de 1.00; et finalement le cinquième groupe composé de ceux qui sont nés et élevés à l'étranger et que le Professeur Zéphir appelle la génération de 0.5. Les remarques que je propose ici concernent surtout le quatrième groupe, c'est-à-dire ceux qui sont nés et élevés en Haïti et qui, aux Etats-Unis, vivent dans les deux plus grandes villes haïtiennes qui se trouvent hors d'Haïti: New York et Miami.
Parmi les problèmes très difficiles qui gênent considérablement l'adaptation des jeunes immigrants haïtiens aux Etats-Unis, il faudrait retenir:
1) les conditions dans lesquelles vivent un grand nombre de ces jeunes. Les processus qui conduisent à l'émigration de beaucoup d'entre eux font que fort souvent, ces jeunes ne vivent pas avec leurs parents mais partagent un toit avec soit une tante, soit un oncle, ou même un "ami" de leurs parents. Le plus souvent dans ces cas-là, les conflits qui éclatent entre eux deviennent insurmontables. L'hospitalité qui est accordée par ces adultes est assortie le plus souvent de conditions proches de l'exploitation, de l'humiliation, ou même de tentatives de viol. Pratiqué à l'extrême par ces adultes, l'individualisme américain devient la valeur dominante qui efface complètement les pratiques collectives et le sens de l'entraide qui avaient cours jusque là dans le corps social haïtien.
Parfois, quand ils ont eu la chance d'être réunis avec leurs parents, ils en avaient été séparés pendant tellement longtemps qu'il leur est difficile de tisser avec eux de véritables liens maternels ou paternels. Les parents ne comprennent pas et ne veulent pas accepter l'attitude de leurs enfants qui se montrent distants à leur égard par manque de familiarité. La situation conflictuelle qui prend naissance dans ces cas-là conduit souvent au drame où le jeune homme ou la jeune fille peuvent être expulsés de la maison familiale.
2) les lacunes immenses qu'ils traînent dans leur éducation haïtienne par suite de l'instabilité politique qui a régné en Haïti durant ces quinze dernières années et qui les empêchent d'acquérir un savoir structuré. En fait, de plus en plus de ces jeunes arrivent à New York ou à Miami dans une situation de quasi-analphabétisme qui compromet presque définitivement leurs chances de réussir dans la société américaine.
3) la situation d'illégalité dans laquelle certains vivent au regard des services du Bureau américain de l'immigration, situation qui affecte très sérieusement leur progrès scolaire (chez ceux qui n'avaient pas été retardés par leurs lacunes scolaires) ou leur insertion sociale.
4) les problèmes persistants d'identité qui trainent encore chez beaucoup de jeunes immigrants haïtiens, prêts à embrasser une certaine identité jamaïcaine à laquelle ils sont régulièrement exposés (à la télé, par la musique, dans leur entourage) au détriment de leur culture haïtienne. A ce propos, il ne faut pas surestimer cette affirmation de l'identité haïtienne qui s'affiche sous forme de petits drapeaux, ou d'affiches dans des lieux publics ou à l'intérieur de plusieurs voitures. Elle est le produit d'individus haïtiens bien dans leur peau (et c'est tant mieux!) à l'intérieur de la société américaine. On aurait aimé voir cette affirmation identitaire mieux distribuée sur l'échelle sociale de la diaspora. |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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