Hugues St. Fort: Qu'est-ce que le Créole haïtien? (II)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 4, No. 40, October 2 - 8, 2002, p. 2. |
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Qu'est-ce que le Créole haïtien?
(deuxième partie) |
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Hugues St. Fort |
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La semaine dernière, nous avons replacé le créole haïtien (CH) dans la catégorie des langues créoles auxquelles il appartient (créoles à base lexicale française) et rappelé certaines vérités fondamentales mises en valeur et développées avec force détails par la linguistique contemporaine: par exemple, que le CH partage avec toutes les langues naturelles le fait qu’il se présente d’abord comme un ensemble de règles, de principes et de contraintes implantés dans les cerveaux de ses locuteurs dès leur naissance. Mais en même temps, comme toutes les langues naturelles, le CH possède des particularités distinctives. Nous avons parlé, la semaine dernière, des particularités phonologiques du CH. Aujourd’hui, nous parlerons brièvement de la syntaxe du CH, c’est-à-dire de ses principaux traits grammaticaux.
Dans sa thèse de doctorat soutenue en Sorbonne et publiée en 1936, la linguiste haïtienne Suzanne Sylvain a caractérisé le CH comme "une langue éwé à vocabulaire français". Beaucoup de débats ont eu lieu à propos de cette caractérisation. S’il est vrai que le lexique du CH relève largement du français, dans quelle mesure peut-on dire que la syntaxe de l’haïtien relève d’une langue africaine?
La phrase de base de l’haïtien est composée d’un syntagme nominal (SN) allié à un syntagme verbal (SV). Voici quelques exemples de phrases de base:
(1) Pyè renmen mango / Pierre aime les mangues
(2) L ap pale lan telefòn Ia / Elle est en train de parler au téléphone
(3) Peyizan pa mize lavil / Les paysans ne trainent pas en ville
(4) Chat la manje yon sourit / Le chat a mangé une souris.
Dans la phrase (1), le syntagme nominal Pyè est composé d’un nom propre. Le syntagme verbal renmen mango est composé d’un verbe renmen et d’un syntagme nominal formé d’un nom, mango. L’absence de déterminant indique un cas de pluralité. On peut comparer cette phrase à (4) où le SN chat la est formé d’un nom accompagné de son déterminant postposé tandis que le syntagme verbal est composé du verbe manje et du SN yon sourit, formé d’un déterminant préposé cette fois au nom sourit. En fait, la majorité des determinants du CH sont postposés au nom déterminé, sauf le déterminant indéfini qui est toujours préposé au nom qu’il détermine. Dans la phrase (2), le syntagme nominal est formé du pronom li dont la voyelle i s’élide devant la voyelle de la particule verbale ap. La phrase (3) introduit une phrase négative (Peyizan pa mize lavil) où la négation pa constitue le premier élément du syntagme verbal.
Le système verbal du CH possède des traits grammaticaux extrêmement originaux qui ont fait l’objet de plusieurs études savantes dans la linguistique contemporaine. Nous ne pourrons certainement pas couvrir toutes ces particularités, d’autant plus que la recherche universitaire n’a pas fini de révéler tous ces traits caractéristiques. Nous renverrons dans la conclusion de cette série à certaines études fondamentales du système verbal haïtien.
Signalons tout d’abord l’absence de flexions dans le système verbal du CH (comme d’ailleurs dans tous les créoles à base lexicale française des Caraïbes). Dans l’étude du système verbal, la flexion se réfère à la conjugaison, c’est-à-dire à l’ensemble des formes fléchies du verbe. En CH, le verbe n’utilise pas de formes fléchies. Le système verbal est constitué de marques aspecto-temporelles en nombre limité: ap, te, t ap, ta, a / va / ava, plus le morphème zéro, qui, toutes en position préposée à un verbe, sont aptes à traduire les valeurs temporelles et aspectuelles exprimées par la langue. Avec certains verbes, la présence du morphème zéro ou des particules aspecto-temporelles peut servir à d’importantes différences d’interprétation.
Te devant une forme verbale fonctionne comme marqueur d’antériorité. Cette forme se rattache étymologiquement à l’imparfait et au participe passé du verbe français "être" (voir "étais", "était", "été") et, dépendant de la nature du verbe qui le suit, peut rendre ou bien le passé, ou bien le passé-avant-le-passé.
Li te jwe lan Vyolèt / Il a joué dans l’équipe du Violette
Masèl te renmen Mari anpil / Marcel avait beaucoup aimé Marie
Te est aussi employé dans les propositions subordonnées introduites par si qui dépendent de la phrase principale d’un système conditionnel.
Si m te gen yon rakèt, m ta jwe tenis / Si j’avais une raquette, j’aurais joué au tennis
La copule verbale correspondant au français "être" et à l’anglais "to be" n’est pas exactement absente en CH. Elle n’est pas exprimée dans les phrases déclaratives qui fonctionnent avec un adjectif ou un adverbe complément mais on le trouve sous la forme de se quand le complément est un syntagme nominal. Comparez ces phrases où il n’y a pas de copule:
Manman yo Nouyòk / Leur mère est à New York
Ti fi a ansent / La fille est enceinte.
À ces phrases où la copule est exprimée sous la forme de ye:
Ki jan ou ye maten an? / Comment vas-tu ce matin?
Pou ki moun machin sa a ye? / A qui est cette voiture? |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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