Hugues St. Fort: Qu'est-ce que le Créole haïtien? (III)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 4, No. 41, October 9 - 15, 2002, p. 2. |
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Qu'est-ce que le Créole haïtien?
(troisième partie) |
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Hugues St. Fort |
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Après un rapide survol de la phonologie du créole haïtien (CH) dans la première partie de cette présentation de la langue maternelle des Haïtiens, nous avons commencé, dans la seconde partie de cette esquisse rapide, à introduire la syntaxe du créole haïtien, pièce maitresse de l’architecture du système. Deux traits du CH ont été brièvement exposés: d’abord, la structure du syntagme nominal (SN), ses constituents et sa fonction dans la phrase de base; ensuite, le système verbal, sa structure tout à fait originale par rapport au français, langue lexificatrice du CH, et la présence/absence de la copule verbale. Nous verrons aujourd’hui certains autres traits fondamentaux de la syntaxe du CH.
Les déterminants
Un autre aspect original de la syntaxe du CH consiste dans le fonctionnement de son système des déterminants. Le déterminant défini singulier contient plusieurs formes qui se réalisent selon l’environnement phonétique qui précède. Il est toujours postposé au syntagme nominal qu’il détermine. Quand il suit une voyelle orale, il prend la forme a:
zwazo a (l’oiseau); òdinatè a (l’ordinateur); lame a (l’armée)
Quand il suit une voyelle nasale, il prend la forme an:
Men an (la main); dan an (la dent); tonton an (le vieux)
Quand il suit une consonne nasale, il prend la forme lan / nan:
Machin lan / nan (la voiture); wonn lan / nan (le cercle); chanm nan / lan (la chambre)
Quand il suit une consonne non-nasale, il prend la forme la:
Lèt la (la lettre); liv la (le livre); anvlòp la (l’enveloppe)
Le déterminant défini pluriel suit aussi le syntagme nominal qu’il détermine. Sa forme est yo. Cependant, yo est aussi compris comme la marque du pluriel, ainsi que la forme de la troisième personne du pluriel.
L’une des originalités les plus remarquées du déterminant défini en CH est sa propension à déterminer non seulement un syntagme nominal mais aussi une proposition tout entière.
Ti gason an pa konnen pou ki sa ti fi a t ap kriye a. / Le petit garçon ne savait pas pourquoi la petite fille pleurait.
Le système des determinants est l’une des structures de la syntaxe du CH les mieux étudiées. Nous recommandons particulièrement la lecture de la thèse de doctorat de Frantz Joseph, soutenue à l’université de Paris viii, dans laquelle il fait le tour le plus complet de la question.
Le déterminant démonstratif sa est postposé au syntagme nominal et préposé à la variante a du déterminant défini ou à la forme yo:
Nèg sa a se yon gwo mantè. / Ce type est un fieffé menteur.
M pa konn pou ki sa moun sa yo gonfle lan lari a. / Je ne sais pas pourquoi il y a tant de monde dans la rue
Toutes les langues humaines sont sujettes au phénomène de la variation et le créole haïtien n’est certainement pas l’exception. En fait, la variation revêt en créole haïtien une importance particulière en raison de deux facteurs qui sont d’ailleurs caractéristiques des sociétés où les langues créoles sont parlées: la coexistence de la langue lexificatrice et le bas niveau d’alphabétisation de la grande majorité de la population allié à l’absence d’une norme standardisée de la langue créole.
Bien que le français ne soit parlé que par une minorité d’Haïtiens (certainement moins de 10%), sa valeur symbolique, l’histoire de son implantation et la domination institutionelle qu’il exerce sur le corps social haïtien contribuent à lui donner une place particulière sur le marché linguistique haïtien. Des phénomènes d’hypercorrection sont décelables dans le parler de locuteurs monolingues haïtiens dans certaines situations où le créole est perçu comme la langue à éviter.
D’autre part, l’absence de cette norme standardisée reconnue et adoptée contribue à prolonger la vitalité des formes dialectales, qu’elles soient de nature sociale ou régionale. Les linguistes distinguent généralement trois variétés dialectales régionales: la variété du Nord dont la plus connue est celle du Cap-Haïtien, la variété du centre dont la plus répandue est celle parlée à la capitale, Port-au-Prince, et la variété du sud dont celle parlée aux Cayes semble être la plus représentative. Aucune étude sérieuse ne semble avoir été conduite pour déterminer l’étendue des différences lexicales qui séparent ces trois variétés régionales; cependant, du point de vue de la syntaxe, certains traits sont relativement bien connus tels que l’insertion de "a" entre un possessif postposé et le nom tête dans un syntagme nominal, comme machin an mwen (ici, le "a" se nasalise au contact de son environnement nasalisé), alors que dans la variété du centre ou du sud, on aurait eu machin mwen (ma voiture).
La nature sociale de la variation peut être reconnue dans l’usage des voyelles antérieures arrondies du français "u", "eu", etc. chez un locuteur urbanisé, plus ou moins francophone et appartenant aux classes moyennes, par rapport à un locuteur rural, complètement monolingue créole qui utilisera les formes postérieures ouvertes opposées correspondantes: "i", "e", comme dans "foutu" vs. "fouti", "bleu" vs. "ble"… |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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