Hugues St. Fort: Qu'est-ce qu'une Langue Créole? (I)
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Authorized Reprint: "Du côté de chez Hugues", The Haitian Times,
Vol. 4, No. 30, July 24 - 30, 2002, pp. 2, 22. |
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Qu'est-ce qu'une Langue Créole?
(première partie) |
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Hugues St. Fort |
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Commençons par préciser – bien que nous y ayons fait allusion dans notre précédent article – que les langues créoles auxquelles nous nous référons tout au long de cette série sont d’abord et avant tout les créoles classiques, c’est-à-dire ceux qui sont parlés de ce côté-ci de l’Atlantique (le plus souvent dans les îles des Caraïbes) et qui sont la conséquence directe des percées de la colonisation européenne et de la traite esclavagiste, processus historiques qui ont dominé l’histoire mondiale entre la fin du 15e siècle et le début du 18e siècle. L’une des caractéristiques majeures de ces créoles classiques est que l’essentiel de leur lexique provient directement ou dérive d’une langue européenne (français, anglais, hollandais, portugais et espagnol), cependant que des langues-substrats originaires de l’Afrique de l’Ouest constituent l’autre versant de leur structure linguistique. Mon propos ne concerne pas les langues créoles du Pacifique (le créole d’Hawaï, par exemple) ou de certaines variétés auxquelles certains linguistes ont accordé une origine créole (l’anglais vernaculaire noir américain).
La définition traditionnelle que l’on trouve dans presque tous les manuels de linguistique et de sociolinguistique est la suivante: Une langue créole est un pidgin qui est devenu la langue maternelle d’une communauté linguistique. Il convient cependant de faire deux remarques importantes à propos de cette définition qui, malgré sa simplicité, peut poser problème à ceux qui ne sont pas au courant de certaines données de base admises en linguistique. D’abord, le terme pidgin. Les linguistes le définissent comme une variété de langue simplifiée qui s’est développée comme moyen de communication entre deux groupes de locuteurs qui ne parlent pas la même langue. Ensuite, la notion de langue maternelle. On désigne sous le nom de langue maternelle la langue que l’on acquiert naturellement par le seul fait d’être né et de grandir au sein d’une famille et dans le cadre d’une société (avec ses règles, ses normes et ses habitudes). Elle s’oppose à la langue acquise, processus qui se fait plus tard, généralement par le truchement d’une éducation formelle. Finalement, le concept de communauté linguistique. Il n’est pas aisé de définir ce concept. Nous en resterons à la définition la plus large qui soit, c’est-à-dire des "groupements humains géographiquement et / ou socialement définis par l’usage commun d’une langue".
Donc, une langue créole, dans une perspective strictement classique, se serait développée à partir d’un pidgin, variété simplifiée, construite pour des relations spéciales (commerce...) entre deux groupes de locuteurs linguistiquement différents. Dans de telles conditions, il est évident que la structure d’une variété pidgin soit singulièrement simplifiée et réduite et que son usage serait particulièrement limité. Un pidgin n’est la langue maternelle de personne mais en l’espace d’une ou de deux générations, disent certains spécialistes, il deviendrait la variété acquise naturellement par les nouveaux locuteurs et serait utilisé dans toutes les situations. En conséquence, sa structure (syntaxe, sémantique) se serait complexifiée et son lexique se serait élargi (en empruntant la plupart de ses mots à la langue superstrat) pour lui permettre de s’adapter aux besoins de la réalité moderne. Dès lors, ce ne serait plus un pidgin mais bien une langue créole.
Ce schéma a régné dans les milieux de la créolistique pendant un certain nombre de temps. Mais l’essor des études créoles et l’apparition de nouvelles hypothèses sur la genèse de ces langues ont poussé les linguistes à développer et à raffiner la question de la nature même des langues créoles.
Parmi ces hypothèses, la plus célèbre est celle qui a été proposée par le linguiste anglo-américain, Derek Bickerton qui l’a désignée du nom de "bioprogramme" (bioprogram). La théorie du bioprogramme de Bickerton a contribué à solidifier l’idée selon laquelle les créoles auraient émergé d’un processus de "nativisation" d’un pidgin. Le bioprogramme serait une version de la faculté humaine de langage (ce que Chomsky appelle la grammaire universelle (GU)) et nous permettrait de comprendre la programmation biologique du cerveau humain pour le langage. C’est sa présence chez tous les êtres humains qui permettrait aux enfants de faire passer les pidgins au stade de créoles. Cette hypothèse a amené certains linguistes à se poser d’autres questions qui ont trait à l’émergence soudaine ou graduelle d’une langue créole. Combien faut-il de temps pour que se crée une langue créole? Une génération? Deux générations? Quel est le rôle des locuteurs de la langue dominante dans leurs rapports avec ces enfants créateurs ou leurs parents? Y-a-t-il une uniformité dans la création des différents créoles, qu’ils soient à base lexicale française, anglaise ou autre? Comment définir les langues créoles: Existe-t-il un ensemble de traits structuraux qui définissent linguistiquement une classe de langues qu’on peut qualifier de créoles? Ou les langues créoles sont-elles d’abord et seulement le résultat d’un processus socio-historique? C’est la question que nous examinerons prochainement.
Signalons pour terminer la gentille correction que m’a fait parvenir Mme Marilyn Mason, une grande amie de la culture haïtienne et des études créoles (elle y contribue d’ailleurs puissamment, voir [Creole Links Page]: http://hometown.aol.com/mit2haiti/Index4.html ). Marilyn m’a rappelé en effet que le site web consacré aux études créoles [CreoLIST Archives] a changé et est devenu maintenant: http://creole.ling.su.se/ [Editor's Note: Unfortunately, this site no longer exists]. Je voudrais ici la remercier. |
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Hugues St. Fort
Email: Hugo274@aol.com |
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Edited and Internet-published by Marilyn Mason, d/b/a The Creole Clearinghouse |
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